La Croyance : et si nos croyances participaient à ce que nous devenons ?
Il y a les croyances que l’on choisit.
Et puis il y a toutes les autres.
Celles que l’on a reçues sans même s’en rendre compte. Celles de notre famille, de notre éducation, de notre culture. Celles qui viennent de ce que nous avons vécu. Celles que l’on a construites pour expliquer une blessure, un échec ou une peur.
Je suis comme ça.
Je n’en suis pas capable.
Dans notre famille, on a toujours été comme ça.
Il faut travailler dur pour mériter de réussir.
Je dois être forte.
Je ne peux pas changer.
Pendant longtemps, je pensais qu’une croyance concernait surtout la religion, la spiritualité ou notre vision du monde.
Aujourd’hui, je la vois beaucoup plus largement.
Une croyance, c’est aussi une histoire que nous avons tellement répétée qu’elle a fini par ressembler à une vérité.
Et certaines de ces histoires participent silencieusement à la construction de ce que nous sommes.
Nous construisons notre monde à travers ce que nous croyons
Nous ne regardons jamais complètement le monde tel qu’il est.
Nous le regardons à travers notre histoire.
Deux personnes peuvent vivre une même situation et en tirer des conclusions complètement différentes.
Un échec peut signifier pour l’une :
« Je ne suis pas faite pour ça. »
Et pour l’autre :
« Je n’ai pas encore trouvé comment faire. »
L’événement est similaire.
Mais l’histoire que chacune se raconte à partir de cet événement ne l’est pas.
Et cette différence peut paraître minuscule. Pourtant, elle peut modifier la suite.
Si je crois profondément que je suis incapable, vais-je réessayer ?
Si je crois que les autres finiront forcément par me décevoir, est-ce que je vais réellement leur faire confiance ?
Si je crois qu’une bonne mère doit toujours être disponible pour ses enfants, quelle place vais-je m’autoriser à prendre pour moi ?
Si je crois que changer signifie trahir la personne que j’étais, vais-je m’autoriser à devenir différente ?
Nos croyances ne décident pas de tout. La réalité existe, avec ses contraintes, les événements que nous ne contrôlons pas, notre environnement, notre santé, les autres.
Mais elles peuvent influencer la manière dont nous traversons cette réalité.
Et surtout, les possibilités que nous sommes capables d’y voir.
La croyance la plus importante : croire que l’on peut changer
Il y a quelque chose qui me fascine dans l’idée de changement.
Nous voulons changer, mais nous avons aussi besoin de continuité.
Nous voulons devenir quelqu’un d’autre tout en restant nous-mêmes.
Alors nous nous accrochons parfois à des phrases très définitives :
Je suis anxieuse.
Je suis trop sensible.
Je suis quelqu’un qui réfléchit trop.
Je suis incapable de lâcher prise.
Je suis comme ça.
Mais que se passe-t-il lorsque l’on remplace simplement « je suis » par « aujourd’hui, j’ai tendance à » ?
Tout à coup, quelque chose s’ouvre.
Ce n’est plus nécessairement une identité.
Cela peut devenir un fonctionnement.
Une façon de réagir que j’ai apprise.
Une protection qui m’a été utile à un moment de ma vie.
Une habitude.
Et ce qui a été construit peut parfois être déconstruit, transformé ou simplement regardé autrement.
Croire que l’on peut changer ne signifie pas croire que l’on peut devenir absolument tout ce que l’on veut par la seule force de la pensée.
Ce serait nier la réalité.
C’est quelque chose de beaucoup plus simple et, à mes yeux, beaucoup plus puissant :
accepter que la personne que je suis aujourd’hui n’est peut-être pas la forme définitive de la personne que je serai demain.
Mais d’où viennent nos croyances ?
C’est probablement la question qui m’intéresse le plus.
Parce qu’avant de chercher à changer une croyance, encore faut-il savoir qu’elle existe.
Certaines sont évidentes.
D’autres sont tellement profondément intégrées que nous ne les voyons même plus.
Nous avons grandi avec elles.
Elles peuvent venir de phrases entendues dans l’enfance :
« Arrête de pleurer. »
« Sois sage. »
« Pense aux autres avant de penser à toi. »
« La vie est dure. »
« L’argent ne tombe pas du ciel. »
« Il faut se méfier des gens. »
Mais elles peuvent aussi naître sans qu’aucune phrase ne soit prononcée.
Un enfant observe.
Il regarde comment ses parents aiment, travaillent, se disputent, se réconcilient, parlent de leur corps, de l’argent, de la réussite, des hommes, des femmes, du bonheur.
Petit à petit, une représentation du monde se construit.
Voilà comment on doit être aimé.
Voilà ce qu’est une femme.
Voilà ce qu’est une mère.
Voilà ce qu’il faut faire pour avoir de la valeur.
Voilà ce qu’il faut cacher.
Voilà ce qui est dangereux.
Et bien des années plus tard, nous pouvons continuer à vivre selon certaines de ces règles sans savoir exactement qui les a écrites.
Jung et ce que nous ne voyons pas de nous-mêmes
C’est aussi ce qui m’intéresse dans la pensée de Carl Gustav Jung.
L’idée qu’une partie importante de ce qui nous anime n’est pas immédiatement accessible à notre conscience.
Nous aimons penser que nous savons pourquoi nous faisons nos choix.
Mais parfois, nous répétons.
Nous évitons.
Nous réagissons de manière disproportionnée.
Nous rencontrons encore et encore les mêmes situations.
Et une question finit par apparaître :
Pourquoi est-ce que je fonctionne comme ça ?
C’est là que l’introspection devient intéressante.
Non pas pour analyser chacun de nos gestes jusqu’à l’épuisement — et je sais à quel point on peut facilement tomber dans ce piège — mais pour essayer de distinguer ce qui relève réellement de nous de ce que nous avons appris à être.
Qu’est-ce que je crois sur moi ?
Qu’est-ce que je crois sur les autres ?
Qu’est-ce que je crois sur l’amour ?
Sur mon corps ?
Sur la réussite ?
Sur la maternité ?
Sur le fait d’être une « bonne » personne ?
Et surtout :
est-ce que je crois encore cela parce que je l’ai choisi, ou simplement parce que je n’ai jamais pensé à le remettre en question ?
Changer de croyance ne signifie pas se mentir
Il serait tentant de remplacer une croyance douloureuse par son contraire.
« Je ne suis pas capable » deviendrait « Je suis capable de tout ».
Mais je ne suis pas certaine que notre esprit se laisse convaincre aussi facilement.
Si au fond de moi je suis persuadée de ne pas être à la hauteur, me répéter cent fois devant un miroir que je suis extraordinaire risque surtout de créer un décalage entre les mots et ce que je ressens.
Peut-être que le changement commence ailleurs.
Par une petite fissure dans la certitude.
Et si ce que je crois n’était pas entièrement vrai ?
Je ne suis peut-être pas encore convaincue que je peux réussir.
Mais puis-je accepter l’idée que je pourrais réussir ?
Je ne crois peut-être pas encore pouvoir changer.
Mais puis-je envisager que certaines parties de moi ne soient pas immuables ?
Je n’arrive peut-être pas encore à m’aimer comme je suis.
Mais puis-je commencer par arrêter de croire que je dois devenir quelqu’un d’autre pour avoir de la valeur ?
Entre « c’est impossible » et « j’en suis certaine », il existe un espace immense.
Celui du peut-être.
Et le changement commence parfois là.
Croire change-t-il réellement quelque chose ?
Je pense que oui.
Mais pas parce que l’Univers exaucerait automatiquement nos pensées.
Croire ne suffit pas à faire disparaître une difficulté, une maladie, une injustice ou une contrainte matérielle.
En revanche, une croyance peut changer notre manière d’agir.
Si je crois qu’une situation est définitivement perdue, je risque de ne rien tenter.
Si j’accepte qu’elle puisse évoluer, je peux commencer à chercher une possibilité.
Puis une autre.
La croyance devient alors moins une formule magique qu’un mouvement intérieur.
Elle ne garantit pas le résultat.
Elle rend l’action possible.
Et l’action, répétée dans le temps, peut finir par transformer une partie de notre réalité.
Se construire, c’est peut-être aussi choisir ce que l’on veut continuer à croire
Plus j’avance dans mes propres questionnements, plus je me demande si se connaître consiste réellement à découvrir une sorte de « vrai moi » caché quelque part au fond de nous.
Peut-être que se connaître, c’est aussi observer tout ce dont nous sommes faits.
Ce que nous avons reçu.
Ce que nous avons subi.
Ce que nous avons aimé.
Ce que nous avons appris.
Les croyances qui nous ont protégés.
Celles qui nous ont enfermés.
Celles dont nous avons encore besoin.
Et celles que nous pouvons enfin laisser derrière nous.
Nous ne choisissons pas le point de départ.
Nous ne choisissons pas tout ce qui nous arrive.
Mais avec le temps, nous pouvons peut-être reprendre une petite part de la construction.
Regarder une vieille certitude et lui demander :
Est-ce que tu m’appartiens vraiment ?
Est-ce que tu me protèges encore ?
Ou est-ce que tu m’empêches aujourd’hui de devenir celle que je pourrais être ?
Et peut-être que croire en soi commence précisément ici.
Pas dans la certitude que tout ira bien.
Pas dans l’idée que l’on peut tout contrôler.
Mais dans cette croyance beaucoup plus humble :
je ne suis pas obligée de rester exactement celle que j’ai appris à être.
