Mon histoire

J’ai plus de 40 ans. Voilà. C’est dit.

Enfin presque, parce que mon âge reste encore étrangement difficile à prononcer. Comme si donner ce chiffre m’obligeait à regarder tout ce qui s’est passé entre la femme que je pensais devenir et celle que je suis aujourd’hui.

J’ai une fille de 10 ans. Une petite tornade, hyperactive, HPI et TDAH.

Je l’élève sans son père et, certains jours, j’ai l’impression de faire un métier pour lequel personne ne m’a donné le mode d’emploi. Avec l’aide de sa neuropsychologue, pourtant, nous avançons. Petit à petit, je réussis à lui donner un cadre. À la comprendre davantage. À être sa maman du mieux que je peux.

Il y a quatre ans, je me suis séparée de son père.

Notre quotidien était devenu une succession de disputes.

Je travaillais. Je faisais le ménage. Les repas. Je m’occupais de notre fille. Je portais énormément de choses et, au milieu de tout ça, j’entendais aussi que je ne prenais plus soin de moi.

Et puis j’avais mal.

À la jambe, déjà.

Je ne savais pas encore à quel point mon corps allait prendre de place dans la suite de mon histoire.

Et puis j’ai rencontré le prince charmant

Je sais. Écrit comme ça, ça ressemble au début d’un mauvais roman à l’eau de rose.

Mais c’est réellement comme ça que je l’ai vécu.

Il était aimant. Gentil. Bienveillant.

Et avec lui, il y avait aussi sa maman.

Une maman en or.

Pour quelqu’un comme moi, qui vient d’un environnement familial compliqué et instable, découvrir cette douceur avait quelque chose de bouleversant.

J’avais envie que ça marche.

Non.

J’avais besoin que ça marche.

Alors j’ai voulu tout faire bien.

La maison devait être suffisamment rangée. Suffisamment propre. Il fallait penser aux courses, aux repas, aux dates de péremption, à ma fille, au travail, aux rendez-vous, aux trajets…

Et moi, quelque part au milieu de cette liste.

J’étais souvent tendue.

Pas parce que je ne l’aimais pas. Au contraire.

Nous vivions une histoire fusionnelle et nous avions réussi à construire notre équilibre.

Mais ma tête ne s’arrêtait jamais.

Un travail à responsabilités. Les embouteillages. Ma fille. La maison. Les obligations. La douleur.

Toujours quelque chose à gérer.

Jusqu’au moment où tout a débordé.

Mon corps criait. Je ne l’écoutais pas.

La maman de ma meilleure amie est décédée.

Ma meilleure amie s’est effondrée. Elle pleurait. Elle faisait des crises d’angoisse.

J’ai voulu être là.

Puis ma fille est tombée malade. J’ai dû traverser une partie du département pour trouver un médecin.

Je ne dormais presque plus.

J’avais mal au ventre depuis longtemps.

Mal à la tête.

Mon corps tremblait.

Mais lui ne savait pas tout ça.

Et, surtout, je crois que moi-même je ne comprenais pas ce qui était en train de m’arriver.

Lui aussi était épuisé. Nous avions notamment fait dix heures de route aller-retour pour aider mon amie à déménager ses affaires.

Nous étions deux personnes fatiguées qui s’aimaient.

Et nous étions en train de nous faire du mal.

La soirée où tout a basculé

Une semaine auparavant, après avoir appris le décès de la maman de mon amie, j’étais partie dormir seule sur le canapé.

J’avais crié qu’il m’avait fait mal.

Je ne voyais déjà plus clairement ce qui se passait en moi.

J’étais en dépression.

J’étais enfermée dans ma bulle, dans ma fatigue, dans mes douleurs et dans cette accumulation permanente.

Je n’ai pas vu le mal que certaines de mes réactions pouvaient lui faire.

Puis il y a eu cette soirée.

Une remontrance faite à ma fille. Sur le fond, elle était justifiée.

Je me suis retirée dans la chambre. J’essayais de redescendre. Ma fille m’avait rejointe.

J’étais très mal.

Lui aussi.

Il est entré dans la chambre.

Nous avons crié et hurlé mutuellement. C’était la dispute de trop. Pendant longtemps, j’ai pensé :

C’est de ma faute.

Aujourd’hui, j’essaie d’apprendre quelque chose de beaucoup plus difficile : regarder toute l’histoire sans distribuer les rôles du gentil et du méchant.

Je peux reconnaître mes erreurs.

Je peux reconnaître que j’étais devenue difficile à vivre par moments.

Je peux reconnaître les mots, les cris et les comportements avec lesquels j’ai pu faire souffrir l’homme que j’aimais.

Je peux comprendre qu’il était lui aussi arrivé à bout.

Je sais qu’une simple dispute comme celle la aurait pu avoir des conséquences bien plus graves et que, ce soir-là, j’avais atteint mes limites en allant dans la chambre pour m’isoler. J’étais partie dans la chambre parce que j’étais épuisée et que j’avais besoin de m’effondrer et de retrouver du calme. À ce moment-là, j’aurais eu besoin d’un câlin et de douceur plutôt que de cris. Pour autant, je peux aussi entendre que lui-même était en souffrance et traversait quelque chose de difficile. Reconnaître ce qu’il vivait n’efface pas ma crise de nerf, tout comme ce que j’ai ressenti n’enlève rien à ma responsabilité de mon comportement de ces dernieres semaines et la gravité que tout cela aurait pu avoir.

Ces deux vérités peuvent exister en même temps.

Et il est parti

Notre grande histoire d’amour s’est arrêtée. Brutalement.

Il est parti et il ne voulait plus me parler, et en parler.

Moi, j’ai fait ce que font beaucoup de gens quand ils perdent brutalement quelqu’un qu’ils aiment : j’ai voulu réparer.

Expliquer, Convaincre, Reconquérir, Revenir en arrière, J’ai tout essayé.

Mais il n’y avait plus de bouton « retour ».

Et il m’a fallu du temps pour comprendre quelque chose que je n’avais pas envie d’entendre :

l’aimer, c’était aussi respecter son choix de ne plus vouloir de contact avec moi.

Il souffrait. Moi aussi. Je devais désormais le laisser tranquille.

Alors, pour la première fois depuis très longtemps, il ne restait plus personne à sauver.

À part moi.

J’ai commencé à chercher

J’ai entrepris des thérapies.

J’ai commencé à regarder ce qui s’était passé autrement.

Pourquoi avais-je attendu d’être au bord de l’effondrement ?

Pourquoi avais-je tellement besoin que tout soit parfait ?

Pourquoi est-ce que je prenais autant sur moi ?

Pourquoi mon corps me faisait-il souffrir ?

Pourquoi avais-je été incapable de voir certains signaux ?

Pourquoi avais-je parfois fait du mal à quelqu’un que j’aimais profondément ?

Et surtout :

qui étais-je maintenant que cette histoire était terminée ?

C’est au cours de ce chemin, j’ai effectué des thérapies edmr (je pourrai vous en parler aussi), et j’ai rencontré la kinésiologie.

Je ne vais pas vous raconter qu’une séance a miraculeusement réparé ma vie.

Ce serait faux.

Ma reconstruction a été faite de thérapies, de prises de conscience, de travail sur moi, d’avancées et de retours en arrière.

Mais la kinésiologie a pris une place importante dans ce parcours.

Elle m’a notamment amenée à m’interroger autrement sur mon rapport à mon corps, à mes émotions et à certains schémas de ma vie.

Elle m’a suffisamment marquée pour que j’aie envie d’aller plus loin.

De comprendre.

De me former.

Et aujourd’hui, de transmettre.

Pourquoi ce blog ?

Je pourrais raconter une jolie histoire.

Celle d’une femme qui a traversé une épreuve, découvert une nouvelle voie et qui, désormais, va merveilleusement bien.

Ce ne sera pas ce blog.

Je veux aussi raconter les moments moches.

Les contradictions.

La culpabilité.

Les erreurs.

La difficulté d’être mère quand on est soi-même épuisée.

Le couple.

La charge mentale.

La famille.

Le corps.

La rupture.

Les jours où l’on croit avoir compris quelque chose et ceux où l’on retombe exactement dans le même piège.

Je parlerai aussi de kinésiologie, de ce que j’y ai personnellement trouvé, de ma formation et de ce qu’elle m’apprend.

Sans vous promettre qu’elle fera pour vous ce qu’elle a fait pour moi.

Parce que je ne suis pas ici pour vous vendre une vie parfaite.

Je suis ici parce que j’ai longtemps cru que j’avais tout foiré.

Et qu’en ramassant les morceaux, j’ai commencé à découvrir quelque chose que je n’avais peut-être jamais vraiment appris :

prendre soin de moi.

Alors si vous avez déjà eu l’impression d’avoir tout gâché…

Bienvenue.

On a probablement quelques petites choses à se raconter.

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